N.Y., jour deuxième.

 

Le deuxième jour. Se retrouver au même endroit, une heure plus tard que la veille. Attendre à son tour. Offrir à Léa les mouffles tricotées pour elle.  Manger sur la route un bagel dégoulinant de peanut butter. Regretter son choix. Visiter le Guggenheim, malheureusement fermé en partie. Etre frustrée de ne pas être autorisée à photographier l'intérieur du musée. Attendre que les gardiens tournent le dos pour le faire quand même. Lire des textes en allemand. Songer à retourner vivre à Berlin, ville dans laquelle on a le plus apprécié d'être. Mais non ça n'a pas de sens. On ne peut pas toujours partir ailleurs. Chercher quoi ? Bien sur Berlin ça n'est pas un océan à traverser, ça n'est pas 5000 kilomètres, mais c'est vivre loin quand même de ceux que j'aime. 



Découvrir une artiste. Aimer son travail avec le bois, le papier. Matériaux bruts. Et sa recherche autour du voyage, du chez-soi. Etre inspirée. Dire qu'on a un nouveau plan de vie. Voyager et vivre de son art. Projet tentant mais fumeux. Vouloir dessiner les plans des maisons où l'on a vécu.
Traverser Central Park. Même promenade faite en été. Problème technique d'appareil numérique. Etre punie pour le reste de la journée. Passer dans ce magasin si beau mais si cher. "Oh c'est marrant, J. a cette patère éléphant chez lui." "C'est nous qui lui avons offert pour le remercier de son accueil il y a deux ans." "Je me disais aussi que ça n'était pas son genre d'acheter quelque chose ici." "T'as vu qu'il l'avait mis dans son nouvel appart ?" "Non." Mais ça me fait plaisir de le savoir. Marcher sur Times Square. Avoir décidément du mal avec ce lieu qui concentre tout ce que je n'aime pas. Avoir faim, à nouveau. Etre en retard pour ce dîner au fin fond de Brooklyn. Regarder L. s'énerver parce qu'elle ne parvient pas à joindre J. Ne pas savoir quoi faire, à part rester calme. Trajet en subway interminable. Prendre un express qui ne s'arrête pas à la bonne station. Débarquer dans un quartier résidentiel. Craindre de ne rien trouver à apporter. Se sentir malchanceuse. Demander à une passante qui nous envoie de l'autre côté. Se ruer sur les graines qu'on a acheté pour l'apéro. Se sentir un peu faible et en avoir marre de ce froid. Penser au soleil à venir.



 
Ambiance particulière dans une famille franco-américaine. Mi-guindée, mi-décontractée. Bien manger, mais ne pas parvenir à être à l'aise. Ne pas savoir quelle langue parler. Sentir que la mère aimerait bien que la discussion se fasse en français mais l'anglais reprend toujours le dessus. Se demander l'âge des filles qui se comportent comme des adolescentes en crise avec leurs parents. En conclure que l'aînée doit avoir à peu près notre âge. Se dire le lendemain : "Elles étaient vraiment insupportables ces filles en fait." Etre raccompagnée en voiture. Vivre une séquence de film avec la vue sur la skyline de Manhattan by night.

N.Y., jour premier.


Retrouver L. à la gare. Ne pas vraiment réaliser que c'est elle là, juste là. Compter depuis combien de temps on ne s'est pas vu. L'été. Six mois. Quand même. La suivre dans les couloirs de métro. Se souvenir comme les transports new-yorkais sont complexes pour les personnes non aguerries. Parler. Dire des banalités. Mais les dire à L. Check in à l'auberge. Déposer ce sac si lourd. Qu'as-t-on bien pu mettre dedans ?! La suivre dans Brooklyn à un concert plus qu'alternatif dans un bar encore en gestation. Avoir faim. Retrouver J. Se demander si notre présence l'ennuie, l'indiffère ou lui fait plaisir. Trouver le son beaucoup trop fort. Aller boire une bière. Oublier sa faim. Se donner rendez-vous pour le lendemain. 


Prendre le ferry pour Staten Island. Regarder la liberté. Mais parler surtout. Aura-t-on assez de trois jours pour se raconter les six mois passés dans des pays différents. Et parler de nos projets. De nos réflexions, de l'avancement des choses. De ce qu'on veut, de ce qu'on ne veut pas ou plus. De ce qu'on ne sait pas. Des doutes. Parler des garçons, des villes, de là où l'on veut vivre, de là où l'on se sent chez soi, du travail, de ce qu'on pense faire dans les mois à venir, des gens que l'on connaît, d'où ils en sont eux, de notre avis là-dessus. Reprendre le ferry en sens inverse. S'asseoir, ne plus regarder. Les vitres sont trop sales n'importe comment. Puis on connaît en fait. La liberté.





Se dire qu'on est pas loin de Ground Zero et que ça pourrait être intéressant d'aller voir. Juste voir. Pour se faire une idée. Passer autant de contrôles que si on allait prendre l'avion. Pour voir deux fontaines à la base des défuntes tours. Trouver l'endroit plutôt réussi. Faire des blagues de mauvais goût. Ne pas ressentir d'émotions. Ne pas vraiment avoir d'avis. Se dire que c'est bien pour les proches des victimes et pour l'Amérique traumatisée. Mais relativiser. Sur le patriotisme et l'ampleur de la chose. Relativiser par rapport au reste du monde. 




Froid. Faim. Fatigue. Retraverser le fleuve. Se retenir pour ne pas tout acheter dans la supérette. Se décider pour des makis à l'avocat et des brownies chocolat peanut butter. Se réfugier chez Jordan. Aimer l'espace avec ces trois fenêtres et le lit devant l'une d'elle. Pisser devant la vue sur Brooklyn. Revoir ce garçon rencontré il y a un an à Berlin. Les écouter jouer de la guitare. Regarder Léa cuisiner. Parler rapidement avec Maman et Hugo sur Skype. Se trouver malpolie vis-à-vis des gens présents dans la pièce. Recevoir tous les présents apportés par Léa. Shampoing, chocolat et cadeau d'anniversaire des filles, mignonnes. Quitter ce garçon en se donnant rendez-vous en janvier prochain dans une autre ville. Rencontrer Jessica. Etre décontenancée par son énergie puis la trouver marrante. Essayer d'aller voir un concert sold out, sans y croire. Boire une bière à la place. 




Finir la soirée dans cet endroit magique. Une longue table à laquelle tout le monde s'asseoit pour écouter les groupes qui jouent juste là au bout. Etre surprise par la générosité de Jessica qui m'invite. "You don't have to." "I like you !" Faire les idiotes. Etre un peu ivre. Ricaner comme des adolescentes. Ne pas prêter trop attention aux regards nous signifiant qu'on est bruyante. 



six cent treize kilomètres + douze heures quarante minutes = cent trente trois images

   

Embarquer dans le train pour New York Penn Station. Quitter Montréal par une journée humide où la neige fond, se mêle à la boue. Etre captivée par le paysage qui défile. Zones industrielles, Five Roses, le St Laurent, puis la banlieue qui semble sans fin. Toutes ses maisons identiques alignées le long de la voie ferrée. Elles ont toutes une piscine qui mange la quasi-totalité du jardin. On a beau savoir que l'été va revenir un jour, on a du mal à imaginer qu'elles puissent servir à un autre moment de l'année.




Manger toutes ces dattes pensant qu'on va me demander de les jeter pour entrer aux Etats-Unis d'Amérique. Datte, amande, datte, amande, le sucre de l'une compense bien la sécheresse de l'autre. Finalement personne ne me demande si j'ai de la nourriture, que j'ai pourtant déclarée. Avoir des problèmes pour se faire comprendre avec le mot "island". "You're going to Iceland ?" "No St John Island, virgin island" Changer d'interlocuteur. "But she speaks perfect english ! Why can't you understand her ?" Ah merci de reconnaître que votre collègue ne fait pas d'effort ! Passer la frontière et avoir un nouveau tampon dans mon passeport. 



Traverser des paysages à la Moonrise Kingdom mais sous la neige. Trouver ça fuckin' beautiful. Longer le lac Champlain qui semble iiiimmense. Rester arrêté en pleine voie à cause de dommages causés par une pierre (si j'ai bien compris). Se demander si le train arrivera à l'heure. Imaginer Léa, m'attendant toute seule dans la grande gare. Ne pas se lasser du paysage qui défile, si changeant. Forêt, lac, champ, granges, sillots à grain, neige, glace fondue, nuages bas, quelques rayons de soleil. Prendre une centaine de photos. De l'art de la photographie à partir un véhicule en mouvement. Cadrer de façon à, au choix, voir ou ne pas voir l'encadrement de la fenêtre. Mitrailler de façon à avoir au final une photo sans obstacle de premier plan, type arbre, poteau électrique, ect. Et surtout être réactif, car le plus souvent "oh c'est joli ça ! oh c'est passé." 



Aller à la voiture bar pour passer le temps et parce qu'il y a le wifi. Prendre un sandwich pas terrible à huit dollars. Revenir après pour un coffee dans un grand gobelet, que je ne parviens jamais à finir avant qu'il soit froid. Essayer de communiquer avec Léa mais galérer avec la connexion aléatoire. Se dire qu'on viendrait bien là en été. Ca semble si parfait tous ces chalets bordant les lacs. 



Puis en avoir marre une fois la nuit tombée. Autant je n'ai pas vu passer les six premières heures de jour à regarder dehors et à prendre des images. Mais les cinq heures de nuit additionnées aux deux heures de retard sont passées un peu plus difficilement. Treize heures au total pour parcourir les six cent treize kilomètres

La chambre que je quitte

Si c'était une photo facebook je pourrais même vous marquer dedans.
Réfléchir. S'organiser pour la suite. Distribuer les objets qui encombrent et que l'on m'avait donné. Comme une chaîne d'objets pour expatriés. Un sèche-cheveux pour V., une couette pour M., un lisseur pour A. l'amie allemande de C. qui dort sur le canapé en attendant de reprendre ma chambre et qui rend mes derniers jours ici plus agréables. On tricote et elle me parle de voyage, car elle a fait en sens inverse ce que je projette de faire cet été. Et plus elle m'en parle plus j'espère que j'aurais les moyens de le faire. Alors je regarde les billets d'avion de train de bus dans tous les sens. Et c'est dur de choisir quelle est la meilleure combinaison. Mais comme toujours, à force de réflexion, les choses vont mûrir et se mettre en place.  


Avec les températures de ces derniers jours, je n'avais plus tellement le goût de sortir ma main de mon gant et mon appareil de ma poche. Ca reviendra surement à New York où il fera seulement -2°C. Ah les petits joueurs ! 



J'aime ces aires de jeux délaissées pour un temps.

Et cette lumière rousse à la tombée du jour.

Allez la prochaine fois, je serais en robe et en tong !
En attendant vous pouvez checker ça :
Il y a de belles photos de Montreal.

Vers d'autres horizons



Il me reste 9 jours à Montréal, dont 3 jours à laver des casseroles et à prendre les compliments des gars du resto. Malgré le côté un peu lourd et inconfortable quand ils se font trop insistants, c'est plutôt une bonne thérapie pour se sentir séduisante et bien dans sa peau.



9 jours avant de voir L. à New York. 
Hâte de prendre le train. Appelez moi Sheldon Cooper. Enfin je ne vais pas énumérer toutes les caractéristiques techniques du train. Seulement profiter du paysage qui défile en lisant, tricotant, écoutant de la musique. En 11 heures j'aurais plus que le temps de faire tout ça !
Puis je vais arriver à la gare centrale. Puis je vais aller à Brooklyn. Trois jours ça va être court. Je crois que je vais essayer de ne pas vouloir faire mille choses. Peut-être un musée, genre le Guggenheim que je n'avais pas fait lors de mon premier séjour dans cette ville. Puis on verra. Juste essayer de suivre le rythme de la ville et L.  



Et 14 jours avant de retrouver V. au soleil.
Je ne fais pas de plan pour là-bas, car si j'ai bien saisi, il n'y a pas grand chose à faire. Hormis bronzer, avoir chaud, aller à la plage, regarder les poissons/avoir peur des requins, lire, dormir. 
Voilà, là c'est le moment où vous avez le droit de me détester. Ou alors vous pouvez attendre encore un peu, que je poste des photos...

9 jours avec ses températures là (ça c'est pour vous consoler et que vous me détestiez un peu moins). Ecrit en petit en dessous, vous avez la température ressentie.
Oui, c'est bien ça -27°C. J'ai sorti les poubelles du resto sans gants et je ne sentais plus mes doigts. J'avais commencé ce post avec l'idée de vous faire un point météo. Le voici donc. Les températures jouent au yoyo. Genre dimanche, j'ai regardé le matin ça disait 0°C, mais ils annonçaient -20°C le soir. Et effectivement, vu l'air glacial que j'ai senti à travers mes plusieurs couches. Bref après deux semaines de redoux, de slush et d'inquiètude pour la fonte des patinoires et des sculptures de glace de l'Igloofest (festival en plein air, oui oui parfaitement, on s'est dit que ça pourrait être le fun!), et bien ça gèle sévère. La slush a fait place au verglas. Ce qui ralentit considérablement mes déplacements. Si les docs sont correctes pour le froid, je ne les valide pas du tout en ce qui concerne leur adhérence. Je suis encore tombée dimanche ! J'ai en tête l'histoire de Marine aux urgences quand elle s'est fait son entorse, et vraiment j'aimerais autant éviter ! Le point positif c'est que les garçons ont pitié de moi et qu'ils me proposent de m'accrocher à leurs bras. 
 
   


9 jours à Montréal mais c'est un faux départ puisque je sais que j'y reviens ensuite. J'essaye de préparer un peu mon retour, en cherchant une chambre notamment. Les colocs c'est pas gagné, mais Airbnb devrait faire le job (comprendre l'affaire). 

Que me reste-t-il à faire à Montréal en hiver. Pas mal de choses en fait. Du patin ! J'ai pas fait de luge non plus, mais ça me fait vraiment peur. Ni de ski mais faut pas pousser. Je vous jure, le weekend, j'ai l'impression d'être aux sports d'hiver. Ils sont tous à se trimballer avec leurs skis, planches à neige, etc. L'autre truc marrant c'est les "poussettes de neige" pour trimballer les gamins. Oui parce que poussette vs. neige égal 0-1. Donc ils utilisent des sortes de luge qu'ils tirent. Et les gamins sont allongés, les fesses sur la neige. Ca doit faire froid ! 
Et j'aimerais bien aller à l'igloofest, prendre un peu l'air quoi.

Pompon et quotidien

Il est bon parfois de faire quelque chose jusqu'au bout. 

En bonus mon caleçon uniqlo que j'aime d'amour et je ne quitte que quand il faut vraiment, vraiment le passer à la machine.

J'avais fabriqué cette guirlande quand j'ai emménagé ici, pour m'approprier l'espace. Je m'étais dit que je la finirais par un pompon, mais je n'avais jamais pris le temps de le faire. C'est chose faite. Je quitte la chambre dans 15 jours. Il était temps ! Je n'ai pas encore décidé si j'allais la laisser ou l'emporter avec moi. 

Autrement la vie tranquille et solitaire a repris son cours. Un peu moins solitaire peut-être parce que je finis par avoir des copains avec qui boire des coups, faire des choses, qui m'invitent à leurs fêtes, ect. Tout ce qui compose une vie sociale quoi.

Puis d'avoir un petit boulot, ne serait-ce que deux jours par semaine. Les gars du resto sont plutôt gentils, même si les conversations ne volent pas très haut. Ca se passe beaucoup en dessous de la ceinture. Je crois que ça les amuse d'autant plus qu'il y ait une fille dans la cuisine. Dans l'ensemble ça me fait rire, parfois rougir quand ils s'adressent directement à moi ou me demande mon avis. "Tu crois qu'untel il aurait du succès avec les Françaises ?" "Hum hum il n'est pas vilain." Ou le cuistot qui me tient un grand discours sur les garçons et l'amour, qu'il faut se réserver pour le bon, sinon je ne trouverais plus de garçon pour m'épouser. Hum. "Désolée chef, mais j'ai 26 ans là, je crains que ce  ne soit loupé pour le one-guy-thing..."

la jolie carte de ma maman


A tantôt !

La vidéo réponse


Merci (encore et encore) pour votre vidéo-cadeau. Vous êtes les meilleurs amis du monde ! 
Si si je vous jure, sans exagérer !